Cette année, Popote s’est beaucoup penché sur la question de la PMA et nous avons eu la chance de rencontrer Agathe et Céline qui étaient devenues parents d’un petit garçon grâce à la ROPA. Aujourd’hui, on a eu envie de vous présenter Merwan Sali, que vous connaissez peut-être par son passage dans l’émission La France a un incroyable talent ou sur les réseaux sociaux. Cet humoriste a fait des nombreuses épreuves de sa vie une force grâce au stand up : cancer, deuil, maladie et désormais… la PMA! Rencontre.
- Pouvez-vous vous présenter, quel est votre parcours, études… Comment en êtes-vous venu au stand up?
Je m’appelle Merwan Sali, j’ai 30 ans. J’ai grandi près de l’étang de Berre, pas loin de Marseille. Adolescent je jouais au foot et j’avais signé pour faire sport-études en Ecosse. Mais ça, c’était avant de découvrir que j’avais une leucémie. Je dis souvent que je suis passé du FC Ecosse au FC Timone (grand hôpital marseillais, ndlr). Cet hôpital, j’y suis resté 2 ans environ : chimio, radio, greffe de moelle de ma petite soeur… C’était intense. Je suis resté tellement longtemps à l’hôpital que j’y ai même passé mon bac ! J’ai jamais été très fort à l’école et je pense qu’ils me l’ont donné ! (rires) Quand je suis sorti de là, j’ai commencé les cours de théâtre puis de stand-up et maintenant, c’est mon métier.
- Vous avez été sportif de haut niveau alors! C’est fini le sport aujourd’hui?
C’est drôle de me poser cette question parce que j’ai envie de commencer l’Hyrox ! Pendant longtemps, j’ai complètement arrêté le sport. A cause de ma maladie, et surtout, quatre ans plus tard, j’ai perdu brutalement ma maman. Suite à son décès, j’ai pris du poids et j’ai eu une mauvaise hygiène de vie. Mais, avec ma leucémie, je n’ai pas droit à l’erreur car j’ai développé un trouble métabolique suite aux traitements que j’ai reçus. Donc il faut que je reprenne une activité et que je m’y tienne, je me lance un nouveau challenge avec l’Hyrox, on va voir si ça me réussit !
- Avez-vous un processus créatif pour écrire vos spectacles?
J’écris mes spectacle avec ma femme. Avant de les écrire, je les ai dans la tête et je les teste plusieurs fois sur scène. Sur scène, je reste toujours sincère, je raconte ma vie sans mensonges, après il y a un peu d’exagération car c’est un procédé comique mais je n’aime pas mentir pour mentir. De manière générale, j’aime bien aborder des sujets difficiles comme la mort, le deuil, la maladie, la PMA, le cancer… Mon objectif est de soulager les tensions qu’il peut y avoir sur tout ça et de traiter de sujets inédits sur scène. Je reçois des messages de gens après les spectacles qui me disent “merci de nous faire rire avec ces sujets” et ça me conforte vraiment dans cette direction.
- Comment avez-vous rencontré votre femme?
J’ai rencontré ma femme dans un Comedy Club, elle était dans le public avec sa famille. Ensuite, elle m’a écrit un message et chemin faisant… Nous sommes mariés depuis 2 ans et surtout, on travaille ensemble depuis 3 ans.
- C’est thérapeutique, l’humour?
Oui carrément, je pense qu’on peut l’utiliser pour prendre du recul face à ce qui nous arrive. C’est ce que j’ai fait quand j’ai eu ma leucémie. J’en ai ri tout de suite avec ma famille, les médecins et les infirmiers. C’est aussi un message que je transmets dans mon spectacle “Mauvaises nouvelles” et à travers l’association que j’ai fondé avec ma femme : “Humour d’utilité publique”. On donne des cours de stand-up à des jeunes qui sont fragilisés et, ils montent sur scène pour la première fois avec leurs blagues. Notre premier projet a ciblé les jeunes atteints de cancer et j’ai rencontré des jeunes qui avaient une leucémie et qui en ont fait des blagues comme moi, c’était une vraie réussite de leur transmettre ça à ce moment-là et de leur donner la force d’en rire.
- Vous recevez beaucoup de messages de gens qui veulent partager leurs histoires j’imagine?
Oui, j’en reçois des centaines sur les réseaux sociaux, ça me touche toujours de voir que les gens sont touchés par mon histoire, qui ont vécu des épreuves similaires et qui veulent en rire aussi.
- Vous en êtes où dans ce parcours de PMA aujourd’hui?
ça fait 1 an qu’on a démarré notre promenade PMA. J’essaye de transformer notre “parcours” en “promenade” grâce au rire. C’est ma petite contribution parce que c’est quand même ma femme qui fait tout. Donc, voilà, on se promène depuis 1 an et concrètement, on a fait deux tentatives de Fécondation in Vitro sans succès et la prochaine est prévue bientôt. Ma femme n’a a priori aucun problème de fertilité, c’est vraiment de mon côté à cause des traitements que j’ai reçus pendant la leucémie. Pour soigner une leucémie, il faut ce qu’il faut ! (rires)
- Comment se sont passées les deux premières?
A la première FIV, il y avait beaucoup d’ovocytes lors de la ponction, puis 2 embryons à la fin, c’était très décevant. Et pour la 2ème, nous avions 3 embryons mais aucun ne s’est implanté. Notre problème c’est que nous n’arrivons pas à avoir des blastocystes (stade précoce de l'embryon, ndlr). On réfléchit à aller en Espagne, on a même déjà eu un rendez-vous avec un médecin pour en parler mais on se demande ce que cela peut nous apporter car ils ne travaillent qu’avec des blastocystes.
- Est-ce que vous pourriez tout arrêter et faire le deuil de ce désir de parentalité?
C’est une sacrée question. De mon côté, je me suis préparé à ces difficultés depuis mes 17 ans. Avant de commencer les traitements, on m’a prévenu que je n’aurais peut-être pas d’enfants, que ça serait compliqué en tout cas. Et j’ai eu le temps de me faire à cette idée, seul. Aujourd’hui, ce qui est difficile c’est que je ne suis plus seul, donc j’ai énormément de culpabilité envers ma femme. Surtout quand on essuie un nouvel échec, je ne peux pas m’empêcher de m’en vouloir de ne pas pouvoir lui donner ce qu’elle désire le plus.
- Vous connaissez d’autres couples en parcours de PMA autour de vous?
Oui, on a la chance de connaître d’autres personnes qui sont en promenade comme nous. On a même rencontré un couple dans la salle d’attente qui sont devenus des amis proches. On a vécu les mêmes choses en même temps dans le même hôpital. Je pense que c’est comme toute épreuve, si on ne l’a pas vécue, c’est difficile à comprendre. Quand on les voit, on se raconte tout, on est devenus experts en PMA, on dirait une réunion entre des médecins. (rires) Et on en rit entre nous, c’est vraiment thérapeutique de se réapproprier notre histoire grâce à l’humour.
- Parlez-nous de la création du PMA comedy club
A force de faire des vidéos sur ce sujet, avec ma femme, on a eu envie de créer un spectacle pour rencontrer nos abonnés qui vivaient cette épreuve. On a rassemblé plusieurs artistes de stand-up qui vivent un parcours de PMA quel qu’il soit et on a voulu donner la parole au public à la fin. Donc le format de cette soirée, c’est 45 minutes de blagues par 3 ou 4 artistes différents puis, 15 à 30 minutes d'échanges avec la salle. C’est vraiment un moment pour libérer la parole, se raconter nos anecdotes et on en profite aussi pour présenter des acteurs et initiatives en lien avec la PMA. C’est une soirée qui brise le tabou autour de ce sujet et qui apporte aussi un peu de légèreté à ce parcours. La première a eu tellement de succès qu’on veut en faire d'autres, notamment sur Paris.