Cet été, les vidéos virales de Lancelot Soumelong aka Papa Darka sur Instagram nous ont fait beaucoup rire ! Alors, quand on a su qu’on allait faire un cycle sur les pères, on a voulu entendre son témoignage et savoir qui se cachait derrière le côté influenceur. Lancelot nous a répondu en direct de Dakar et nous a relaté toutes les péripéties que lui et sa petite famille ont traversé ces dernières années. En cause : le covid… Depuis, Lancelot s’est lancé à fond dans sa paternité quitte à briser quelques tabous sur les réseaux sociaux et il en est très fier. Il nous raconte.
Pouvez-vous vous présenter ? Où avez-vous grandi, votre parcours etc.
Je vis actuellement au Sénégal mais je suis d’origine camerounaise. J’ai immigré quand j’étais enfant car mon père était diplomate. C’est ici que j’ai étudié et que, plus tard, j’ai rencontré ma femme. Nous avons un fils qui nous occupe déjà beaucoup ! Sinon, pour parler de mon parcours, je fais de la création de contenu mais je travaille surtout comme conseiller régional d’un centre de recherche pour le développement durable. C’est un travail qui me permet d’être à l’écoute de différents sujets notamment l’environnement et les questions liées au bien-être des enfants. Au Sénégal le fait qu’il n’y ait quasiment pas de parc ou d’aires de jeux en plein air pour les enfants m’a profondément marqué… Ça me révolte un peu que l’on veuille élever nos enfants en ville mais qu’en même temps la ville ne soit pas adaptée ou tienne tout simplement pas compte de leurs besoins. Donc petits à petits j’en ai fait quelque chose d’humoristique pour faire réfléchir, alerter, réagir.
Petit, vous étiez quel genre d’enfant ?
J’ai grandi dans une famille où l’on était 8 enfants, on a beaucoup voyagé parce que mon père était diplomate. Et attention, non seulement j’ai grandi très entouré mais sans aucune nounou ! Ma mère s’occupait de nous et ici il est d’usage que la famille proche vienne donner un coup de main. Je ne me lasse pas de dire parce que ma mère est une vraie inspiration. J’ai eu la chance d’avoir deux parents qui m’ont servi de modèle. Ils m’ont appris à prendre soin des autres car je suis le 5e de la fratrie. C’est important de s’occuper des petits et aujourd’hui on est tous très proches.
Généralement, dans ces interviews, nos invitées nous racontent comment se sont passés leur grossesse, leur accouchement et leur post-partum… Alors comme on change d’interlocuteur, on a très envie de savoir comment vous avez vécu la période de la grossesse, l’accouchement puis le post-partum de votre compagne !
Alors, la grossesse déjà c’était pas un long fleuve tranquille. Quand on s’est marié, on voulait tous les deux un enfant et à cette époque je dirais même que j’étais dans l’illusion d’en avoir au moins 8 ! Et puis quand le temps passait sans que ça marche et on a fini par faire un examen pour vérifier que tout allait bien et là surprise : elle était entre temps tombée enceinte. On l’a découvert pendant un voyage en Espagne.
Jusque-là tout va bien…
Oui sauf que vers 4-5 mois on a failli perdre le bébé. Ma femme a du être hospitalisée, il fallait qu’elle soit alitée. C’était ma première grosse frayeur. Je pense que c’est là qu’on remarque qu’une grossesse c’est pas un événement comme un autre, c’est une vie qui se développe et qui peut s’arrêter à tout moment. Le cœur du fœtus battait très lentement donc c’était un peu la panique, mais avec du repos et un traitement c’est revenu dans l’ordre. Et puis le Covid est arrivé…
Aïe… Comment ça s’est passé ?
Comme la famille de ma femme était en France, elle a voulu accoucher là-bas donc elle est partie un peu en amont, au tout début du Covid. Je devais la rejoindre un peu après car l’accouchement était prévu en avril. Évidemment le confinement est arrivé et toutes les frontières ont été fermées. J’ai donc dû attendre fin août pour voir ma femme et rencontrer mon fils pour la première fois. Aujourd’hui on prend ça avec le sourire mais c’était vraiment très difficile pour nous deux.
C’est dur à imaginer… Comment vous faisiez ?
C’était pas facile, j’essayais d’être présent malgré la distance… Je restais en ligne le soir, la nuit on s’appelait pour qu’elle se sente moins seule. Et puis quand on s’est retrouvé il a fallu tout découvrir, prendre le rythme, d’autres habitudes : je découvrais tous ! Mon fils avait eu sa mère pendant 4 mois et il ne me connaissait pas, il a découvert qu’il m’aurait sur le dos toute sa vie ! (Rires) Plus sérieusement, j’ai essayé de reprendre mon rôle de père, de soulager ma femme. Grâce à ma mère, j’ai été bien formé, j’ai toujours considéré qu’il fallait assumer sa charge de responsabilité en tant que parent.
Vous avez pris un congé parental ?
Ma femme s’est beaucoup occupée seule de mon fils à cause du Covid et des événements. Elle n’a pas pu allaiter longtemps car elle avait beaucoup de stress et de fatigue. Comme le petit est passé au biberon, ça a facilité l’entrée à la crèche. Comme il a un esprit un peu aventurier et curieux, il adore être avec d’autres enfants et ça s’est super bien passé. C’est un mode de garde qui était nécessaire pour que ma femme se repose et se remette de cette succession d’événements compliqués.
Vous faites beaucoup d’humour de votre parentalité sur Instagram, que vous disent les gens par rapport à ça ? Est-ce que dans vos DM les gens vous racontent leurs problèmes de daron ?
Oui quand même ! J’ai été surpris de l’ampleur que ça a pris. En commentaire parfois on me dit ‘bravo’ juste parce que je fais mon rôle de père. Je pense que c’est encore rare ou en tout cas encore trop peu présent sur les réseaux sociaux, un père qui n’a pas peur de parler. Le patriarcat reste encore très fort, surtout que j’ai des mamans qui m’écrivent pour que je coache leurs maris. Cela dit, j'ai aussi des papas qui m’écrivent et qui me disent qu’ils ont du mal à parler de parentalité, qu’ils ont l’impression que la maman s’accapare un peu l’enfant parfois, qu’ils sont un peu poussés à se mettre en retrait. Et puis là, quand mon compte a pris de l’ampleur les gens me demandent des choses qui n’ont rien à voir genre d’où vient mon canapé ! (Rires) J’ai aussi des papas solos qui m’écrivent. Tous les messages sont bienveillants et me motivent à continuer mon compte. Je ne suis spécialiste de rien du tout, je suis comme tout le monde, je galère aussi mais je fais de mon mieux en étant très présent. Pour moi on est tous pareils, on est tous dans la même galère, et avoir un enfant c’est une opportunité unique et il faut pas la rater donc faut s’y confronter, profiter.
Concernant la transmission : qu’avez-vous envie de transmettre à votre enfant (par rapport à ce que vous avez reçu de vos parents, la différence de génération…) ?
Je pense que j’ai une déformation liée à mon travail parce que j’ai envie de répondre que cette génération va vivre une époque compliquée. Donc j’ai envie de transmettre à mon fils l'importance d’être heureux, de pouvoir s’amuser de la vie, d’être ouvert au monde, de parler plusieurs langues… L’ouverture au monde, je pense que c’est quelque chose qui va faire une grosse différence. Evidemment je veux lui donner des valeurs de respect etc. Mais voilà, aller à la rencontre d’autres enfants, voir les différentes nationalités, cultures, pouvoir être ouvert d’esprit et aux autres c’est fondamental.
On parle beaucoup des « nouveaux pères » ceux qui changent les couches, qui font à manger et qui en gros s'occupent de leur enfant. Vous trouvez que le rôle du père en 2025 a beaucoup changé ?
Je pense que de plus en plus d’hommes acceptent de jouer pleinement leur rôle de papa. J’ai senti qu’il y avait un changement de mentalité un peu timide. Je vois que certains n’osent pas exprimer ou parler ouvertement de certaines questions et c’est pour ça que de parler ouvertement de parentalité, ça permet de se sentir moins seul, moins gêné.
Votre meilleur souvenir de père à ce jour ?
C’est quand j’ai pu le serrer dans mes bras après 4 mois sans pouvoir le voir. Bien sûr, on avait les écrans mais je ne pouvais pas le porter, voir vraiment sa taille… Je vivais complètement par procuration et c’était très difficile. C’est un souvenir que je chérirai toute ma vie.
Et le pire ? Le truc qui vous a fait vriller
Le moment où j’ai l’impression que je ne vais pas le connaître. Quand il est arrivé de France, j’ai pleuré. Je me suis dit : il est là, il me connait pas, je le connais pas, mais tu sens quelque chose de fort, une connexion, tu sais qu’il occupe déjà une place importante dans ta vie.
Le covid c’était très dur. Ce qu’on ressent psychologiquement à ce moment-là, je pense que ça va rester à vie. Pour l’anecdote, mon fils s’appelle Aïko, ce qui signifie “Enfant de l’amour” en japonais. A la base on voulait l’appeler Phénix pour le côté renaissance de ses cendres car on a vraiment eu peur pendant la grossesse.