Mariées depuis bientôt 3 ans, Agathe et Céline sont à la tête du restaurant Inari à Arles mais aussi les mamans d’un petit Laszlo, de bientôt 1 an. Pour parvenir à cette parentalité, elles ont fait le choix de la méthode ROPA, un processus qui permet d’être toutes les deux connectées biologiquement à leur enfant, l’une recevant l’ovocyte de sa partenaire. Cette méthode, aussi appelée FIV réciproque, est encore illégale en France. Elle nécessite donc une véritable organisation et un apport financier conséquent puisqu'elle se réalise uniquement à l’étranger. Agathe nous raconte.
Raconte-nous ce parcours pour arriver à la ROPA ?
De mon côté, j'ai toujours su que je voulais un enfant, et mon désir de maternité, on en a toujours parlé au sein de notre couple. Après notre mariage, on était parties pour faire une PMA classique avec mes œufs car Céline n’a jamais souhaité porter un enfant. Mais juste avant qu’on commence les démarches, elle a eu une sorte de révélation, elle voulait que notre enfant porte ses gènes, c’était quelque chose de très fort. Et d’ailleurs, quand on a évoqué une ROPA plutôt qu’une PMA, elle s’est impliquée beaucoup plus. Ce choix très ancré de Céline vient du fait qu’elle est d’origine vietnamienne, et c'était hyper important pour elle que notre enfant soit à moitié vietnamien. Et pour la petite anecdote, lorsque, pendant le premier rendez-vous, nous avons sollicité une pallette de donneur vietnamien, ils nous ont répondu : “On ne peut pas garantir qu’il soit vietnamien, ça sera « Asie »”. Le racisme ordinaire… (soupirs)
Donc c’était un peu logique cette ROPA j’imagine…
On en a donc énormément discuté ensemble, de ce que ça représentait pour elle, pour moi, cette question de la génétique, du lien à deux. De mon côté, j’ai dû faire un petit deuil. Il y a quelque part un côté égalitaire avec une ROPA, mais ce n’est pas si facile, je ne dirais pas que c’est une solution miracle. Quand on a fait le premier rendez-vous avec la clinique espagnole, ils nous ont dit que ce serait plus “malin” de faire l’inverse (que Céline porte un enfant avec les ovocytes d’Agathe ndlr), alors qu’on a quand même 7 ans de différence ! Pour moi la question ne se posait pas. Je me voyais pas ne pas porter. Finalement, avec le recul, je me suis surtout interrogée pendant la grossesse, sur le deuil de mes gènes etc. Avant, mon désir de maternité était tellement puissant que je me disais : je m’en fiche !
Tu t’es posée quel genre de question?
J’ai l’impression qu’il y a tellement peu de données sur la ROPA que ça m’a un peu perturbée. Evidemment, aujourd’hui, je n’ai aucun doute sur le fait que c’est mon fils mais ça a changé plein de choses. Je crois que je n’aurais pas été aussi intense dans mon désir d’allaitement si je ne l'avais pas fait comme ça. J’avais peur qu'il ne me reconnaisse pas, et que le lien ne se fasse pas. Je sais, c’est bête. En fait, c’est compliqué de trouver sa place.
Pourquoi avez-vous choisi l’Espagne?
C’est un pays assez connu dans le milieu de la PMA et les cliniques y sont nombreuses et d’excellente qualité. Mais nous, on a choisi ce pays pour d’autres raisons aussi. Déjà, pour l’anonymat du donneur. C’était un critère important pour nous. C’est complètement anonyme en revanche, on a aucune information sur son profil, on sait juste qu’ils ont choisi en fonction de mon physique. Donc un brun aux yeux verts. Ensuite, on a choisi l’Espagne parce que c’est à trois heures de train de chez nous, Arles. A la base, j’aime pas spécialement l’Espagne, ni Barcelone, mais c’est vraiment très pratique. Quand j’y pense je ne me suis pas posée mille questions. J’ai repéré une bonne clinique, je l’ai contactée, rapidement on a fait un rendez-vous et j’ai adoré le contact avec eux. Le premier rendez-vous était en visio, on a fait un point sur notre situation. La bonne nouvelle, c’est que ma femme avait une bonne réserve ovarienne pour 37 ans, elle a eu une stimulation ovarienne pour maximiser les chances d’avoir de bons ovocytes. Le processus s’est hyper bien passé, c’est moi qui faisais les piqures, je trouvais ça super joli comme moment.
D’ailleurs, concernant les ordonnances de médicaments (pour la stimulation ovarienne, puis le transfert d’embryon etc.) que vous donnait l’Espagne, vous avez réussi à trouver un médecin en France pour vous les prescrire?
Oula, sur ce point, on a eu beaucoup de mal à trouver un médecin vers chez nous. Dans le Sud, il y a beaucoup de praticiens homophobes et racistes. Cette longue recherche a ralenti le processus car on a dû aller jusqu’à Marseille. Ville à plus d’une heure de route de chez nous où nous avons entendu : « Pourquoi vous le faites pas en France? » sous-entendu une PMA donc. On ne va pas s’éterniser sur ce débat mais chacun connaît les délais d’attente dans l’Hexagone et de toute façon la non-légalité du processus de ROPA à ce jour. Bref, on a fini par trouver quelqu’un dans un petit bled à côté de chez nous, qui, soit-dit en passant, n’a pas cherché à comprendre qui faisait quoi. C’est grâce à cette médecin que nous avons pu traduire les ordonnances espagnoles.
Vient ensuite la ponction d’ovocytes de Céline en Espagne?
Oui, on est parties de France on avait 22 embryons à l’échographie, puis arrivées en Espagne y’en avait plus que 5. La ponction s’est faite sous anesthésie générale. A la fin, 4 ont tenu, à terme, on a eu 2 embryons. En Espagne, comme dans d’autres pays comme le Danemark, les biologistes donnent des notes aux embryons. Les nôtres ont de bons résultats, AA et AB. Et donc Laszlo notre fils est un AA, et aujourd’hui, je pense beaucoup au petit AB congelé dans la clinique qui nous attend. Les notes sont données à titre indicatif, la première lettre concerne l’embryon et la deuxième, le placenta. A étant la meilleure note.

Et ensuite, comment s’est passé le transfert?
Eh bien, on pouvait ensuite choisir de faire un transfert « frais » c’est-à-dire sans avoir recours à la congélation, mais ça voulait dire synchroniser nos cycles ce qui était compliqué pour nous, donc on l’a fait le mois d’après. Je me rappelle me dire que ça faisait très Grey's Anatomy, tu vois les cuves. Un transfert d’embryon, ça dure 1 minute. Après j’ai eu, bien sûr, 3 mois de progestérone en ovules (ce qui favorise la grossesse) mais j’ai su tout de suite que j’étais enceinte. On me disait “Agathe fais attention, ça marche pas du premier coup”. Mais attends si tu regardes les chiffres de la Ropa c’est incroyable à quel point ça marche bien. J’étais convaincue. Et au bout de deux semaines j’ai fait un test de grossesse qui était positif. Céline ne voulait pas que je le fasse mais j’en ai fait 6 d’un coup. Juste avant, j’étais passée à Paris et ma mère m’avait regardée et dit “Je pense que t’es enceinte Agathe”. Bon, il faut dire que j’étais verte, pas bien. Je suis rentrée et je me suis dit je vais faire un test pipi, comme les hétérosexuels et l’annoncer à ma femme.
Un franc succès! Alors cette grossesse, le rêve?
J’aurais bien aimé mais non, ce n’était pas un long fleuve tranquille… J’ai eu un premier décollement de 30% de la poche au début de la grossesse à 1 mois et demi - 2 mois. Concrètement, je perdais beaucoup de sang, puis deux jours plus tard, rebelote. C’était tellement tôt dans la grossesse que le Samu ne pouvait rien faire. J'ai hurlé de douleur. Ils me disaient de prendre un doliprane. Je les ai rappelé et finalement, je suis allée à l’hopital où on nous a fait une échographie et le médecin nous a dit plusieurs fois “Il y a un risque d’avortement”. Il voulait dire fausse couche mais c’était vraiment horrible. Apres on m’a expliqué qu’on peut dire “avortement spontané” mais tu n’as pas envie d’entendre ça quand tu viens d’apprendre que tu es enceinte. Bref, le décollement s’est encore accentué et j’ai été alité 2 mois. Céline était partie pour le travail. C’était dur. Ma mère me disait “Profite de ne rien faire, c’est la dernière fois de ta vie!” Mais tu ne peux pas. Et puis, j’étais pleine de nausées. J’ai réalisé la première vraie échographie officielle malheureusement sans Céline. Après j’ai été malade jusqu'au quatrième mois puis j’ai recommencé à travailler mais dans la restauration, c’est quasi impossible de tenir dans le temps. Je me suis fait arrêtée au 6e mois.

Puis vient l’accouchement tant attendu…
J’ai perdu les eaux à 34 semaines. Exactement comme dans les films, je me lève le matin et hop, je perds les eaux. Avec le recul, je me dis que je l’avais senti parce qu’une semaine avant, je m’étais mis à faire ma valise très consciencieusement et j'arrêtais pas de dire à mes proches que je pouvais accoucher avant. Je suis arrivée à la maternité, persuadée que j’allais accoucher et j’étais mais hyper sereine. Et là, on m’a dit “Oula, pas du tout ! Vous allez être alitée et attendre que bébé reste au chaud au maximum.” Me revoilà donc hospitalisée pendant dix jours. Finalement, j’ai accouché à 36 semaines.
Comment ça s’est passé?
Je peux dire que j’ai eu 10 jours d’accouchement. Mes contractions ont commencé dès la perte des eaux. Elles revenaient toutes les nuits, espacées de 2 min et le matin ça s’arrêtait. On est parties plusieurs fois en salle d’accouchement et plus rien. Une nuit, je suis allée faire le tour de l’hôpital en secret. C’était éreintant, je faisais 4 monitoring par jour. Un matin, quelqu’un arrive pour faire un énième monito et je m’y oppose. Je leur dis, c’est maintenant, je vais accoucher. J’ai accouché 15 heures plus tard. Il faut savoir qu’au début on était à Nimes, en chambre double, avec une autre personne qui s’est avérée être homophobe. Cette femme qui allait accoucher avait la même complication que moi. À un moment, elle est venue s’assoir sur mon lit et elle me demande qui est la femme qui vient me voir tous les jours. Je lui réponds que c’est ma femme. Et là, elle est partie, elle a mis de la musique à fond et m’a plus jamais adressé la parole. J’ai finalement changé de chambre au bout de 4 jours mais comme Laszlo était petit, il allait être en néonat et ils n’avaient plus de place. Je suis arrivée à l’hôpital de Salon-de-Provence et c’était tellement bien ! Pendant un bref instant, j’ai cru que j’allais accoucher dans l’ambulance mais non !
Que d’aventures avant d’avoir Laszlo dans tes bras!
Oh oui, et ce n’est pas fini… Je suis arrivée en salle d’accouchement et la péridurale n’a pas marché. Enfin si mais que d’un côté. C’est-à-dire que je sentais tout d’un côté mais rien de l’autre. Après coup, on en a ri, Céline m’a dit que l’anesthésiste louchait. Donc je suis arrivée à 9 heures et j’ai accouché à 21 heures, après déjà 10 jours d’hospitalisation. Heureusement, grâce à ma moitié de péridurale, j’ai un peu dormi et j’ai repris des forces. Quand le moment est venu, la médecin a voulu attendre encore une heure et j’ai dit pas du tout on y va. C’était plus compliqué que prévu. Il est né avec les forceps et donc avec une moitié de péridurale. Puis, le placenta ne voulait pas sortir. Donc ils sont allés le chercher à la main. C’était horrible. J’ai fait une hémorragie de la délivrance. Dans l’urgence, Laszlo et Céline sont sortis. C’est très impressionnant, il y a 15 personnes qui rentrent et on ne t’explique rien. Après coup, la médecin m’a expliquée qu’il y avait plus de chance d’avoir un décollement au début de la grossesse quand c’est un don d’ovocyte et que le décollement fait que le placenta a du mal à sortir d'où l'hémorragie de la délivrance. Et finalement, heureusement qu'on ne me l'avait pas dit avant, sinon je me serais pris la tête pendant la grossesse. J’ai pas trop de souvenirs de ce moment là. J’ai eu si mal que j’ai oublié, même si je suis restée consciente. Céline s’est occupée de Laszlo, ils ont fait du peau à peau. Le net avantage avec cette péridurale qui n’a pas marché c’est que j’étais debout rapidement.

Et ensuite, tu as donc mis en place ton allaitement?
Oui, j’avais vraiment à cœur d’allaiter mon fils. Par chance, en changeant d’hôpital, j’ai atterri dans une maternité “amis des bébés” et j’étais accompagnée de professionnelles incroyables qui m’ont énormément aidé à mettre en place l’allaitement. L’une d’elle venait me réveiller toutes les 2 heures pour mettre mon fils au sein, le frotter, stimuler la montée de lait etc. J’ai eu énormément de chance. Elles m’ont motivée car c’était dur au début, il était si petit, il se nourrissait avec une sonde. Mais j’ai voulu maintenant ce lien et Céline m’a aussi beaucoup encouragée.