AVEUX DE PARENTS

L’histoire (folle) d’Alison, créatrice de Tajine Banane

Popote a rencontré la femme derrière la marque de vêtements d’allaitement Tajine Banane qui n’en finit pas de faire des adeptes. Parce que Tajine Banane c’est bien plus que des t-shirts hyper cool pour allaiter où on veut et quand on veut, c’est également une communauté qui lutte contre les stéréotypes liés à l’allaitement. 

Non ce n’est pas une « honte » d’allaiter en public, et c’est à grands coups de « MILK TA MERE » que les jeunes mamans ont décidé de recouvrir les rues de Paris en passant par Bordeaux ou Marseille. Un message fort, une communauté rassurante et bienveillante dans une période où l’on peut se sentir démunie. C’est ce qu’Allison a réussi à créer en moins d’un an avec Tajine Banane. Derrière le succès, une histoire forte. Rencontre. 

Ali est la maman de Noam 11 ans, Malli 7 ans et Lou 21 mois. 

Trois enfants, et trois allaitements différents

« Je suis aide-soignante de métier, j’ai travaillé dans des hôpitaux, je connaissais les bienfaits de l’allaitement mais on n’aide pas du tout les jeunes mamans à le mettre en place. C’est la raison pour laquelle mon premier enfant, je l’ai allaité 15 jours je crois. C’était un peu l’échec, je n’étais pas informée, pas soutenue et j’ai abandonné rapidement. Lorsque j’attendais ma fille, je voulais même pas en entendre parler. A l’époque, Instagram n’en était qu’à ses balbutiements, mais je me suis retrouvée sur un groupe style Doctissimo avec d’autres filles enceintes à peu près comme moi, on suivait nos grossesses respectives et les trois-quarts d’entre elles voulaient allaiter. Finalement lorsque ma fille est née, je lui ai donné le colostrum, puis j’ai démarré l’allaitement pendant 2 jours, 3 jours et jusqu’à ses 18 mois. Le groupe m’a beaucoup aidé, j’y ai trouvé beaucoup de soutien, j’ai appris à reconnaître les pics de croissance. Pour moi, si t’es pas informée, si t’es solo c’est clair et net que tu n’y arrives pas. Forte de cette super expérience, mon troisième enfant, c’était du coup une évidence que je l’allaiterais. 

Sauf que voilà, à 8 mois de grossesse, j’ai eu une crise d’appendicite, j’ai eu plusieurs opérations, dont une césarienne en urgence, puis d’autres opérations post-accouchement car j’avais eu septicémie, péritonite, bref la totale. Je suis restée deux mois à l’hôpital, alors que je m’étais imaginée un accouchement naturel, à la maison. Finalement, la première fois que j’ai pu porter mon fils dans mes bras, il avait 28 jours. Lorsque je suis rentrée chez moi, j’étais en larmes, j’avais des biberons, des boîtes de lait qui s’empilaient dans ma cuisine, mais je me suis dit : « C’est mort. On m’a pris trop de choses, je veux pas le faire. » J’avais entendu des légendes urbaines sur l’allaitement, comme quoi on peut faire venir une lactation un peu comme par magie, je me disais que j’avais allaité Malli longtemps, que j’avais un peu essayé la tétée à chaque fois qu’il me rendait visite à l’hôpital et j’ai eu envie de tenter le coup. Pour être honnête on a passé 3-4 jours de galère, où Lou hurlait à la mort, les sages-femmes qui venaient à la maison me disaient d’arrêter de m’acharner, mais je me suis donnée quelques jours et la lactation est venue. »

La naissance de Tajine Banane 

« C’est après la naissance de Lou début 2018 qu’est née Tajine Banane, mais à l’époque, je ne le savais pas. Déjà, avant sa naissance, j’avais passé des concours pour être auxiliaire puéricultrice, que j’avais eu (héhé) et je devais retourner à l’école en quelque sorte. Je n’avais connu de regards déplacés quand j’allaitais Malli. Mais là, je souffrais d’un mal pratique, parce que j’avais encore plein de cicatrices, de pansements, bref j’avais besoin d’un vrai vêtement d’allaitement. Sauf que voilà, ce que j’ai trouvé sur le marché me correspondait pas du tout, tout était conçu pour être super discret, ça me parlait pas du tout moi de me « cacher », je me suis sentie un peu seule. Du coup, je me suis fait un t-shirt toute seule. Et comme je suis pas manuelle, j’ai pris un t-shirt de mon mec que j’ai un peu trituré à ma façon. Je suis rentrée fin février chez moi après mon hospitalisation, en mars j’étais chez une couturière pour qu’elle me fasse un prototype. Sauf que quand elle m’a facturé le prototype et ses recherches, j’ai pas eu d’autre choix que de chercher une solution pour la rembourser.

A ce moment-là, autour de moi, cette idée de t-shirt pour allaiter, tout le monde me disait que c’était une idée de merde, que ça marcherait jamais. Finalement, grâce à une copine, j’ai trouvé une adresse au Portugal. J’ai pris mon fils de 5 mois sous le bras pour aller voir la manufacture. Ils m’ont dis que le minimum c’était 200 pièces. Je les ai reçu fin juillet, et je me suis dit que j’allais jamais écoulé tous ces t-shirts… Je me suis créé un site internet en deux-deux sur Wib, une page insta avec une centaine d’abonnés. Et en quelques jours, j’ai été repartagée, repartagée, j’ai vendu tout ce que j’avais en dix jours. Mon proto donc ! Quelque chose s’était créé. Comme j’avais pas de stock, je suis passée en pré-commande, et les filles m’ont fait confiance, parce qu’il fallait plusieurs semaines de délais, et quand t’allaites, tu sais même pas si t’allaiteras encore dans 5 ou 6 semaines. Mais elles l’ont fais, et avec cet argent on a amélioré le t-shirt et lancé réellement la marque. J’ai même embarqué mon petit frère dans l’aventure. C’est devenu mon associé, on a officiellement créé Tajine Banane en janvier 2019, on a nos bureaux, à Bordeaux, plein d’événements à venir, des belles collabs et une communauté qui nous suit ! » 

Son expérience de maman 

– Un moment où tu t’es sentie seule ? 

« Une fois on était dans le salon, j’allaitais Lou, c’était la première fois que je le faisais en famille, c’était enfin bien installé, je reprenais du poil de la bête. Et quand on allaite, le mamelon devient un peu plus foncé. Bref, j’allaitais dans le salon, au milieu de la famille. Je regarde ma fille, elle me regarde. Je me dis « C’est beau, elle est en train de s’imprégner, elle voudra peut-être elle aussi allaiter plus tard, c’est super. » Et là elle me regarde avec dégoût et me sort : « Maman tes seins on dirait des steaks hachés. » Casse-trip. » 

 

– Le moment où t’as eu envie de tout plaquer ? 

« Jamais. J’ai eu mon premier fils à 18 ans d’une précédente union, j’étais super jeune. J’ai connu que les vacances avec mes enfants, c’est toute ma vie ! D’ailleurs j’ai toujours eu envie d’en avoir. Dès que j’avais un petit copain, je pense que mes parents flippaient. Je pense qu’ils étaient limite soulagés que je tombe enceinte qu’à 18 ans. J’en rêvais vraiment. Après c’était pas facile d’assumer une grossesse à 18 ans, aujourd’hui je n’ai pas la même relation avec mon grand et mon petit dernier, mais je n’ai jamais caché mes faiblesses. Et ça me fait rire aujourd’hui quand on se balade et qu’on me dit « Alala attention quand ça grandit ! » 

– Tu pensais qu’être maman ça serait… Et en fait c’est… 

« Je pense qu’avant d’être maman, je pensais que ça signifiait donner de l’amour. Faire des câlins, des bisous, je me disais que j’en étais évidemment capable. Mais c’est aussi l’emmener chez le médecin, payer les factures. Quand on a un enfant jeune on est beaucoup plus terre à terre. Aujourd’hui, les gens attendent mille ans pour avoir un enfant, ils attendant d’avoir le bon job, avec le CDI, la grosse voiture, la bonne personne, bref le soit-disant moment parfait. Mais je pense pas que je suis une meilleure mère ou une mère moins stressée parce que j’ai coché tout ça à 30 ans et pas à 18, ça ne me rend pas plus heureuse. Je pense qu’il n’y a pas de « bon moment », le bon moment c’est quand on le sent et y’a pas besoin d’avoir un Scénic pour ça ! » 

– Un grand moment de gêne en public ? 

« J’étais avec ma fille dans le bus, et en face de nous, y’avait une dame avec une forte pilosité. Et je me dis, je le sais, je le sens venir, elle va faire une remarque. Alors je fais tout pour détourner l’attention de Malli, j’essaye de la dévier vers la fenêtre. Mais non. Incontestablement. Elle a lâché un « Maman, c’est une fille ou un garçon ? » très fort. Ce à quoi j’ai évidemment répondu « Mais enfin, c’est une mamie ça se voit » avec un petit rire gêné. Et on est parties ! 

 

Une autre fois, en pleine réunion familiale avec mes beaux-parents. Elle me dit « Comment on fait les bébés ? » Et là j’ai fait le truc que j’aurais jamais fait pourtant, parce que c’est débile, mais j’ai menti. J’avais pas envie de partir dans cette explication devant tout le monde donc je sors l’histoire de la graine de papa dans le ventre de la maman. Petit blanc dans la pièce. Et là, elle sort : « Et ben moi quand je serais grande, j’avalerais plein de graines par la bouche comme ça j’aurais plein d’enfants ! » Hilarité générale (ou pas). » 

– Un conseil à donner aux futures ou jeunes mamans ? 

« Se faire confiance, même si c’est bateau comme conseil, c’est hyper important. Il faut s’écouter, garder ses convictions, savoir quand on a merdé. J’ai trois enfants à des âges différents et j’essaye de m’adapter aux besoins et aux problèmes de chacun. Il faut être doux avec soi-même aussi, on fait ce qu’on peut. Il faut s’écouter, ne pas se frustrer aussi, tu deviens aigri sinon. Ton enfant ne doit pas t’empêcher de faire ce que tu as envie. » 

Le nom Tajine Banane

 

« C’est le surnom de ma famille ! Moi je suis marocaine, mon copain est antillais et pour rajouter un peu plus de cliché, il m’arrive de préparer un tajine quand on reçoit du monde. Bref, du coup on s’appelle comme ça, la famille Tajine Banane. C’était le nom de mon compte perso avant tout, et quand j’ai cherché un nom pour la marque, je me suis dit que ça nous ressemblait bien : food, famille, solaire… »